POURQUOI RACONTER LES HISTOIRES D’ENSEIGNANTES OEUVRANT DANS LES ÉCOLES FRANSASKOISES ?

histoires, expérience de vie et identité collective

Quand on demande à des personnes de parler de qui elles sont et de ce qu’elles font, immanquablement elles relatent des événements qu’elles ont vécus et elles reviennent sur des incidents qui les ont marquées. Ces personnes décrivent leur comportement et leurs réactions du moment et elles font part des leçons qu’elles en ont tirées, ou des questions et des doutes qui demeurent. Elles nous révèlent toute leur expérience de vie. Et elles le font sous forme d’«histoires». À vrai dire, raconter des histoires est une des meilleures façons de partager la richesse de son expérience et ses connaissances avec les autres (Carter, 1993). Il s’ensuit qu’écouter les histoires des autres est une des meilleures façons d’arriver à mieux les connaître et à profiter de leur savoir. D’ailleurs la «narratologie», ou l’étude des histoires, constitue un domaine de recherche important en sociologie tout comme en éducation (Carter, 1993 ; Clandinin et Connelly, 1995, 1996 ; Connelly et Clandinin, 1990).

En ce sens, de nombreux chercheurs croient que l’histoire, en tant que genre littéraire, serait la façon la plus complète et la plus complexe de partager notre expérience de vie avec les autres. Selon eux, nous serions essentiellement des raconteurs d’histoires, nous mènerions, individuellement et collectivement, des vies structurées autour des histoires que nous nous racontons et dont nous sommes les principaux personnages (Carter, 1993 ; Clandinin et Connelly, 1990). Prises individuellement, les histoires que l’on se dit et que l’on se redit permettent de donner un sens à la réalité telle que l’on en fait l’expérience. Reprises collectivement, ces histoires permettent de partager ce que chacun a tiré de l’expérience et de construire une identité collective (Carter, 1993).

histoires et savoir pratique des enseignants

Les histoires jouent également un rôle central chez les enseignants  (Carter, 1993 ; Clandinin et Connelly, 1995 ; Elbaz, 1991 ; Gudmundsdottir, 1991). Clandinin et Connelly (1990) suggèrent que l’acte même d’enseigner serait un «narratif en action», c’est à dire que les enseignants enseigneraient en se racontant et en vivant un ensemble d’histoires dont ils sont eux-mêmes les principaux acteurs.

Le savoir pratique des enseignants serait organisé sous forme d’histoires. Les enseignants experts posséderaient un vaste répertoire d’histoires qui leur permettraient de donner un sens aux événements qui se déroulent dans leur classe, alors que les enseignants novices seraient fréquemment à court d’histoires pour le faire. Les enseignants comprendraient donc leur pratique et seraient en mesure d’en parler en ayant recours à des histoires. Comme le soulignent Connelly et Clandinin (cités dans Carter, 1993), c’est par le biais des histoires qu’ils vivent et se racontent que les enseignants arriveraient à donner cohérence et continuité à leurs expériences dans la salle de classe. La narratologie constituent donc une approche tout à fait appropriée à l’étude du savoir pratique des enseignants fransaskois oeuvrant en milieu minoritaire.

enseignants oeuvrant dans les écoles fransaskoises

Les histoires des enseignants oeuvrant dans les écoles fransaskoises sont importantes, et ce, pour plusieurs raisons. D’abord, on connaît assez mal les enseignants oeuvrant en milieu minoritaire (Cazabon, 1996, 1997 ; Hébert, 1993 ; Masny, 1996 ; Tardif, 1993). Nous connaissons peu les histoires qu’ils se racontent pour donner un sens à leur enseignement. Comment (et pourquoi) en sont-ils arrivés à enseigner dans une école fransaskoise ? Comment voient-ils leur rôle en tant qu’enseignants ? Comment vivent-ils leur enseignement en milieu minoritaire ? Quelles sont les grands principes qui leur permettent d’organiser leur enseignement ? Comment comprennent-ils la mission de l’école ? Comment voient-ils le rôle des parents ? Autant de questions dont les réponses constituent à notre sens un élément important du projet politique de formation (initiale et continue) des enseignants en milieu minoritaire (Gérin-Lajoie, 1996 ; McMahon, 1996).

Les histoires de ses enseignants oeuvrant dans les écoles fransaskoises, histoires par le biais desquelles ils et elles se racontent, capturent l’essence même de leur savoir pratique. Il est important de les écouter et de les partager avec d’autres. Il est important de les raconter. Elles nous permettent de mieux connaître et comprendre ceux et celles qui oeuvrent dans les écoles fransaskoises. Au niveau collectif, elles sont doublement importantes parce qu’elles permettent à ceux ou celles qui les racontent ou les entendent d’être renforcés dans leurs propres histoires, ou, dans certains cas, d’entendre de nouvelles histoires qui pourront se raconter pour donner un sens différent ou même nouveau à des événements de leur vécu. De plus, une fois partagées, ces histoires contribuent à enrichir et renforcer l’identité collective de ceux et celles qui oeuvrent dans les écoles fransaskoises. Ces histoires donnent la parole aux enseignantes avec qui nous avons travaillé (Carter, 1993).

but du projet de recherche sur les «histoires»

C’est pour ces raisons qu’il y a deux ans de cela nous avons entrepris de travailler avec six enseignantes oeuvrant dans les écoles fransaskoises. Notre but était de connaître leurs histoires et de les faire connaître aux autres personnes oeuvrant dans les écoles francophones en milieu minoritaire. Leurs histoires sont maintenant disponibles sur ce site web accessible à tous. La page suivante porte sur les méthodes de recherche.

REMERCIEMENTS

Ce projet de recherche a été rendu possible grâce à la collaboration de nombreuses personnes. Nous tenons à remercier les enseignantes qui ont donné si généreusement de leur temps et qui ont accepté de partager leurs histoires avec nous et avec l’ensemble des enseignants oeuvrant dans les écoles francophones en milieu minoritaire. Ces enseignantes ont eu à relire les transcriptions des conversations que nous avons tenues avec elles ainsi que les différentes versions de leur narratif. Nous remercions également les suppléantes qui les ont remplacées dans leurs classes pendant nos rencontres. Nous remercions aussi les directeurs des écoles où nous avons travaillé pour leur accueil chaleureux.

La Faculté d’éducation de l’Université de Regina a octroyé au chercheur principal un montant de 6 000 $ pour défrayer les dépenses associées à ce projet de recherche. Nous l’en remercions sincèrement.

Note : Dans ce texte, nous utilisons le terme «enseignants» à titre épicène. Lors que nous utilisons le terme «enseignantes», c’est que nous faisons référence spécifiquement aux six enseignantes qui ont participé au projet de recherche dont il est question ici.

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